Coacher dans une société liquide


article paru le 14 mars 2019 sur le site RHinfo.com



 

 




Au moment où on ne parler que de rupture, de retournement, de nécessité de construire sur d’autres cadres, d’autres règles, peut être que le moment est venu de se réintéresser à l’ingéniosité et aux personnes ingénieuses….




Un collaborateur ingénieux est quelqu’un qui a une vraie maîtrise technique.


C’est-à-dire qu’il maîtrise les savoirs faire formels de sa discipline mais aussi ceux issus de son expérience, difficiles à tracer, difficiles à transmettre, parce qu’il fait preuve de finesse, d’astuce. Il pense avec son cerveau, mais aussi avec ses mains. Il peut atteindre un résultat, mais sans être nécessairement en mesure d’expliquer comment il l’a atteint. Associé à son expérience, il a plus un esprit de finesse que de géométrie….

Quelques points de vigilance :

  • Par nature, les compétences des personnes ingénieuses ont du mal à rentrer dans les cases des systèmes de gestion des compétences des entreprises. Les ingénieux peuvent être mis de côté et avoir un véritable problème de reconnaissance.

  • La mise en place de lean management, de design thinking vise à simplifier les démarches d’innovation. Les personnes ingénieuses, expérimentées qui peuvent être fortement contributrices peuvent aussi ne pas s’y reconnaître et être considérées comme des empêcheurs de tourner en rond.


C’est quelqu’un qui ose.


Il porte en lui une forme d’audace tranquille, de confiance dans ses capacités à trouver une solution même dans des conditions extrêmes. Par nature (et par étymologie), c’est quelqu’un de libre, d’affranchi, qui a fait la démonstration qu’il sait rebondir. Il ne s’interdit aucun point de vue, il dépasse les règles, les usages. Il ne fait pas des pas de côté, il crée à côté.

La question est de savoir si cette audace va être mise au service de l’entreprise ou pas. Si la personne ingénieuse est considérée à tort comme border line, comme asociale, combinarde ou délurée, elle mettra son ingéniosité soit au service de ses projets personnels, soit au pire d’une attitude critique de l’entreprise.

La personne ingénieuse a un rapport au temps qui est différent.


Elle a une vue pénétrante d’un sujet, mais cette intuition, cet insight ne se commande pas. Elle peut avoir ainsi raison trop tôt, ou trop tard, avant ou après qu’une solution non ingénieuse ait fini par faire consensus. Elle n’a pas également le même sens de l’achèvement d’une tâche. Pour elle, il n’y a pas de début ou de fin, il est dans un processus créatif permanent. Son travail peut être considéré comme brut, inabouti, comme des ébauches, elle ne soigne pas forcément la forme, les sujets de conformité ou de durabilité ne sont pas forcément les siens. On peut la qualifier de brouillon.

Points de vigilance pour l’entreprise

Les personnes ingénieuses sont des ressources clés pour des entreprises qui sont en adaptation rapide, elles permettent d’avoir une longueur d’avance en mettant en place les conditions suivantes :

  • En leur laissant du temps libre. Par nature, elles n’ont pas forcément besoin de beaucoup de temps, mais d’avoir une part de flexibilité dans leurs missions ou dans leur emploi du temps pour concevoir, prototyper. De temps à autre, il est nécessaire de les autoriser à se dégager de l’opérationnel, de leur accorder un crédit temps pour régler un sujet complexe.

  • En valorisant la complémentarité d’équipes en évitant de stigmatiser les personnes ingénieuses pour les défauts évidents de leur ingéniosité et en leur demandant de travailler sur de la conformité, sur laquelle elles seront moins pertinentes et moins efficaces que des cerveaux plus normés.


Les personnes ingénieuses ont un rapport aux ressources qui est différent.


Elles font avec. Elles portent en elles une forme de fertilité qui vont les amener à aller sur les terrains les plus arides, là où les autres estiment que les conditions matérielles ne sont pas réunies. Elles ne vont pas hésiter à utiliser des outils ou des procédés qui ne sont pas de dernière génération. « Virgile tire de l’or de ce qu’il sait s’approprier quand [cet autre poète] n’a su tirer qu’un immonde fumier ».

Une fois de plus, les personnes ingénieuses sont vertueuses, aussi bien d’un point de vue économique pour l’entreprise que par rapport à l’environnement. Mais elles demandent là aussi de solides capacités d’adaptation en renonçant par exemple au dogme du dernier cri.

Les personnes ingénieuses sont là, dans tous les secteurs bien au-delà du monde industriel auquel je fais référence dans cet article. Elles demandent également au management d’être aussi ingénieux et c’est un véritable défi. Leur demande : la reconnaissance, le soutien, le contact direct. A bannir : les process, les systèmes, les cases qui les font fuir.




La vie dans nos sociétés est vue comme un liquide, comme un mouvement permanent, une vague, en déformation permanente par absence de structure ou de solide. Cela concerne aussi bien la vie professionnelle, mais aussi bien d’autres dimensions de la vie personnelle ou en société : nous sommes en recherche de liens sans pouvoir de projeter à moyen terme et les structures s’effritent.

Souvent, cette liquidité est compensée par l’esthétisme, le design, l’agilité, l’intelligence collective, c’est l’éloge du mouvement et du jetable, du transformable.

Comment accompagner, en 2017 ? comment éviter de banaliser le coaching avec des engagements limités à la séance, des logiques de consommation d’outils et de retour immédiat…Quelques pistes peuvent être esquissées ?

Retrouver sa place


La tendance du moment est de faire porter aux individus de résoudre des problèmes collectifs. On demande aux personnes d’être solides dans un système liquide. C’est une double contrainte insupportable, les individus sont faussement acteurs et responsables de systèmes déréglés, Ce qui se manifeste le plus est un sous emploi chronique avec des personnes sans travail ou sous employées dans leur travail.

Quelques questions utiles à travailler en coaching

Qu’est ce qui dépend de moi, qu’est ce qui dépend de mon environnement dans ma situation professionnelle ? Comment je peux travailler sur une notion de projet dans laquelle je peux me reconnaître ? Comment je peux participer à l’établissement de structures collectives dans lesquelles je me reconnais, que ce soit dans une équipe, dans un réseau, dans une entreprise ?

S’engager


La société liquide amène une juxtaposition d’individus en interaction permanente mais cantonnés à l’être pour soi plutôt qu’être à l’autre, à cause d’une instabilité qui vient à l’encontre des valeurs d’engagement ou de dons ?

Quelques questions utiles à travailler en coaching ?

Où est ce que je me ressource ? Qu’est-ce que je consacre comme temps pour moi ? Comment je peux retravailler une notion de projet ? Quel engagement je suis prêt à prendre pour les autres ?

Etre dans la course, mais à sa manière


Une société structurée telle que nous l’avons connue inclut, une société en réseau connecte et déconnecte, et peut mettre des personnes sur le bord de la route parfois avec une grande brutalité comme on le constate avec les sujets d’épuisement professionnel ou de transitions professionnelles difficiles.

Quelques questions utiles à travailler en coaching ?

Quelles sont mes limites à travailler dans cette société liquide ? Quels sont mes indicateurs de résistance ? En quoi suis-je vulnérable ? Quelles limites je mets à l’agilité pour moi et pour les autres.

Retrouver du sens en passant du « bien » au « bon » ?


La poursuite du bien régit les rapports dans tous les domaines de cette société liquide (la performance, le plaisir, la nouveauté, la liberté). Dans une société sans structure, cela conduit à toutes les formes d’intolérance et de violence vis-à-vis de l’autre qui ne partage pas forcément son idée du bien ? La recherche du bon est basée sur la priorité donnée à la personne qui est en face de soi plutôt qu’à ce que je crois bien pour elle, elle repose sur un regard amical, une mise en valeur de ce que l’autre est en capacité de faire.

Quelques questions utiles à travailler en coaching ?


Qu’est ce qui se passe si je mets au centre de mes préoccupations ce qui est bon pour moi et pour l’autre ? comment je peux me faire confiance et établir des relations de confiance à l’autre ? Comment suis-je capable d’apprécier ce qui est bon ? Quel regard d’amitié et d’émerveillement suis-je capable d’apporter et de partager sur ce qui est ?